LE PORTEUR DE BORNE
Dans la paroisse de Lignol, deux hommes qui étaient beaux-frères possédaient un champ magnifique. Il était très bien situé et comprenait plusieurs hectares d'une excellente terre qui produisait les plus belles récoltes du pays.
Ou, un jour, les deux beaux-frères, qui avaient toujours vécu en bonne intelligence, décidèrent entre eux de partager le champ. Mais quand il fut question de le borner pour marquer la part de chacun, de graves dissensions s'élevèrent entre eux, et ils se fâchèrent.
L'un d'eux vint à mourir en laissant une veuve et plusieurs enfants en bas âge. Quelque temps après, l'autre résolu de profiter de cette disparition : un soir qu'il faisait un beau clair de lune, il se rendit dans le champ, muni des outils nécessaires, et il déplaça la grosse borne de pierre qui se trouvait au milieu pour la remettre quelques sillons plus loin, dans la partie appartenant à ses neveux.
Sa belle-sœur, qui ignorait les arrangements qui avaient pu se conclure au sujet du partage du champ entre son beau-frère et feu son mari, et qui ne savait pas à quel endroit exact ils avaient né, ne lui dit rien. Le beau-frère malhonnête avait donc réussi. Mais il ne profita pas longtemps du produit de son vol, car un jour, il tombe malade et il mourut à son tour.
Il s'en alla donc à la porte du Paradis, mais là, saint Pierre refusa de le laisser entrer. — Comment oses-tu te présenter ici ? s'écria saint Pierre. Sache que le Seigneur t'a condamné au feu du Purgatoire, et cela jusqu'au jour où tu auras trouvé un homme qui te voit remettre à sa véritable place la borne que tu as déplacée lorsque tu étais encore sur la terre et qu'il était clair de lune. Ainsi donc, tu feras le tour du champ, avec la borne sur ton dos, chaque nuit où il fera clair de lune, en criant bien fort :
« Où faut-il la mettre ? ». Le jour où tu entendras un homme te répondre, tu n'auras qu'à faire devant lui ce que je t'ai dit, et tu pourras entrer ici.


Après avoir prononcé ces paroles, saint Pierre se retira, et l'homme alla vers le Purgatoire. Là, il souffrait de cruels tourments, et chaque nuit où la lune brillait, il faisait le tour de son champ avec la borne sur le dos et en criant : « Où faut-il la mettre ? ». Mais il avait beau faire, personne ne lui répondait, et cela durait depuis des années et des années, et même peut-être depuis des siècles.
Dans le pays, pendant les longues soirées d'hiver, lorsqu'on faisait la veillée dans les écuries, parce qu'il y faisait plus chaud, les vieux racontaient aux jeunes l'histoire du crieur de nuit, car c'était ainsi qu' 'on l'appelait. Ils disaient avoir entendu cela de leurs ancêtres. Il y en a même qui assuraient l'avoir vu et entendu crier, mais ils ajoutaient que si quelqu'un venait à lui répondre, il lui arriverait sûrement malheur. Mais lorsque les jeunes exigeaient qui était cet homme et pourquoi il se promenait autour du champ en portant une borne sur son dos, personne ne pouvait répondre, car personne, vous le pensez bien, n'avait eu l'audace d'aller le demander au crieur de nuit.
Un soir, un jeune homme, qui était sabotier de son état, revenait du bourg voisin où il était allé voir les filles. Il vit et entendit le crieur de nuit. Il comprit même ce qu'il demandait, mais au lieu d'aller de son côté, il s'enfuit à toutes les jambes.
Le lendemain, tout en creusant des sabots, il raconte à ses camarades d'atelier ce qu'il avait vu et entendu. Un jeune homme d'une trentaine d'années, qui passait pour n'avoir point froid aux yeux, s'écria alors :
— Il y a assez longtemps qu'on me parle de cet animal-là ! puisque tu l'as vu, je voudrais bien le voir, moi aussi, et si tu n'as pas peur de m'accompagner, demain soir, nous irons tous les deux à l'endroit où tu m'assure l'avoir vu . S'il crie quelque chose, sois sûr que je lui répondrai !
L'autre accepte. Le lendemain, ils se rendent à l'endroit indiqué. Ils se blottirent sous un buisson et attendirent. Ils y étaient depuis peu de temps quand ils virent venir l'homme qui criait d'une voix plaintive :
— Où faut-il la mettre ? Où faut-il la mettre ? Alors le jeune homme qui passait à juste raison pour n'être point peureux, dit à son compagnon :
— La voix qui vient. Avant de lui répondre, il faut le laisser passer devant nous et voir exactement ce qu'il a sur le dos.
L'homme s'approche. Il passa devant eux sans leur prêter attention, marchant d'un pas fatigué et répétant toujours sa même question.
— Tiens, dit l'un des jeunes gens. Il porte une borne. — Oui, dit l'autre, c'est bien ce qu'on raconte : il porte une borne de pierre. Nous allons voir ce qu'il va en faire.
Pendant que les deux jeunes gens parlaient entre eux, l'homme poursuivait sa route autour du champ. Quand il a fait le tour, ils le virent se diriger vers un endroit du champ et y déposer sa borne. Puis il a disparu. Les jeunes gens quittèrent leur cachette en
regrettant toutefois de n'avoir rien dit. Le lendemain, le moins peureux voulait encore emmener son compagnon, mais celui-ci, qui n'était pas des plus hardis, ne voulait pas y retourner une autre fois. Alors, il décide d'y aller seul.
Arrivé à l'endroit où il se trouvait la veille, il vit encore venir l'homme qui criait la même chose que la nuit précédente. Le jeune homme se dit : « Arrivera ce qui pourra, mais il faut absolument que je dise quelque chose ».
Il sortit de dessous son buisson, et quand l'homme passa devant lui en criant : — Où faut-il la mettre ? — Eh bien ! répondez-il, il faut la mettre où tu l'as pris ! L'homme s'arrête net devant lui. — Il y a longtemps que je cherchais un homme comme vous, dit-il. Je vous demande de me suivre.
— Qui que tu sois, dit le jeune homme, je te ferai remarquer que je n'ai aucun ordre à recevoir de toi. Tu me demandes de te suivre, mais où donc ? est-ce loin d'ici ?
— Si je vous dis de me suivre, reprit l'homme, ce n'est point un ordre que je vous donne, c'est un service que je vous demande. Si vous voulez me le rendre, cela ne vous dérangera pas beaucoup, car c'est juste au milieu de ce champ que je vous demande de m'accompagner.
Le jeune homme le suivit. Arrivé au milieu du champ, l'homme déposa sa borne à terre et lui dit :
— Voici l'endroit où je l'ai prise, aussi c'est à cet endroit que je la remplace. Depuis des années et des années, peut-être même des siècles, je ne sais plus, je suis dans les flammes du Purgatoire, où j'endure des souffrances tellement rigoureuses que personne ne peut les comprendre. J'étais condamné à venir ici les nuits où il fait clair de lune afin de remplacer cette borne à l'endroit où je l'avais prise, mais pour être sauvé, il fallait que quelqu'un me répondît et qu'il pût me voir remettre la pierre. J'ai attendu pendant tant de temps ma délivrance que je peux à peine croire que ce soit vrai. Tous ceux que j'ai rencontrés jusqu'à présent se sont enfuis dès que j'approcheis. Vous avez seul eu le courage de me répondre, et en me parlant, vous m'avez sauvé. Merci et soyez sûr que le service que vous m'avez rendu vous portera bonheur. Adieu.
Et l'homme a disparu. Le jeune homme s'en retourna chez lui, heureux et content de ce qu'il venait de faire. Il raconte son aventure à ses parents et à ses amis, il a très bien vécu et a eu beaucoup de chance dans sa vie. Quant au crieur de nuit, on ne l'entendit plus jamais.
Lignol (Morbihan).
Le thème développé ici est celui des « Conjurés », c'est-à-dire des gens condamnés à errer une partie de leur éternité, à cause d'une faute commise, jusqu'à ce qu'un homme courageux ou charitable leur vienne. . . . en aide. Ce conte est du même type que celui de l’Homme de Glace.
Enya

Trains and Winter Rains
City streets passing by
Underneath stormy skies
Neon signs in the night
Red and blue city lights
Cargo trains rolling by
Once again someone cries
Trains and winter rains
No going back no going home
Trains across the plains
And in the sky a star alone
Every time it's the same
One more night one more train
Everywhere empty roads
Where they go no one knows
Trains and winter rains
No going back no going home
Trains across the plains
And in the sky a star alone
Trains and winter rains
No going back no going home
Trains across the plains
And in the sky a star alone
Trains and winter rains
No going back no going home
Trains across the plains
And in the sky a star alone
Trains and winter rains
No going back no going home
Trains across the plains
And in the sky a star alone
Enya



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